Lettre ouverte à ceux qui sont ou furent chevènementistes de gauche

Cher(e)s ami(e)s, Chers camarades,

 Nous connaissons tous la terrible nouvelle : Bertrand Dutheil de la Rochère, un camarade, un ami, pilier de notre mouvement du CERES au MRC, soutient Marine Le Pen !

Comment en est-il arrivé là ? Comment en sommes-nous arrivés là ?

 Ta lettre, Bertrand, est adressée « aux Républicains de gauche », c’est-à-dire, à nous, tes amis. Comment peux-tu croirequ’il puisse exister la moindre connivence intellectuelle entre « nous » et « elle » ? Comment peux-tu employer tes talents de lettré à tenter de créer des ponts au-dessus du gouffre qui nous sépare ?

Mais peut-être ne s’agit-il que du point d’orgue d’une situation qui ne s’est que trop délitée ?

 De scissions en exclusions le MRC n’est plus que l’ombre lointaine et abasique du MDC. Entre :

- la mise sous l’éteignoir des militants du MDC lors de la campagne des présidentielles,

- la mise à l’écart des fidèles au profit de personnalités sulfureuses ou à l’arrivisme forcené à partir de la création du Pôle républicain,

- les virages stratégiques à angles droits,

- les changements successifs de lignes tactiques ne répondant, sous couvert d’intérêt national, qu’à l’intérêt électoraliste de quelques-uns,

- la stigmatisation de ceux qui refusèrent (nous n’en fûmes pas) un soutien qui n’avait rien d’idéologique, à Ségolène Royal,

- la mise à l’index humiliante des grognards appelant à voter Front de Gauche aux européennes,

- les crises d’autocratisme, de l’exclusion de l’ensemble des élues parisiennes à la récente démission du bureau parisien puni d’avoir « osé » poster sur le site fédéral le soutien de Georges Sarre à Jean-Pierre Caffet, tête de liste d’union de la gauche aux sénatoriales,

- et en ajoutant à cela l’exclusion d’outrecuidants ayant affiché une préférence (qu’on peut discuter) aux primaires socialistes et l’égarement de Bertrand après que certains aient rejoint « Gauche Moderne » …,

il nous semble que la coupe est pleine et qu’il nous faut immédiatement arrêter les frais.

 Dans « Comprendre, Vouloir, Agir », il y a d’abord comprendre

Ce qui c’est passé est le fruit d’une perte progressive de repères idéologiques.

Cela a commencé lorsque nous avons tenu des propos laissant penser que, parce que la droite et la gauche de gouvernement menaient des politiques libérales similaires, elles étaient, elles-mêmes, semblables donc identiques. Par conséquent la gauche et la droite c’était la même chose et nous devions nous situer au-dessus de la mêlée.

Cette dérive a été possible parce que le mépris du peuple s’était instillé dans notre mouvement. Nous ne réussissions pas à convaincre ?  C’était normal ! Nous étions trop intelligents, « Bac +5 », pour être compris. Rappelons-nous l’explication que donnait JP Chevènement dans le Figaro à la désertion du peuple dans les intentions de vote : « les couches profondes de l’océan sont les dernières touchées par la lumière »…

Tout d’abord, la gauche et la droite ne sont pas identiques d’un point de vue historique mais aussi structurel et idéologique.

Bien sûr les sociaux libéraux sont insupportables mais tous ne sont pas des sarkozystes ! Si certains pourraient, avec peu de remords, cautionner le bouclier fiscal, le démantèlement du code du travail, la privatisation de la sécurité sociale, le démantèlement de l’Education nationale et de la santé publique, la suppression de la police de proximité au profit d’une politique stigmatisant les immigrés,… la quasi-totalité des militants de gauche, au PS et bien sûr ailleurs, ne partagent pas ces opinions. Il en existe même qui professent des opinions proches des nôtres. Qui peut expliquer la différence entre les « écluses sociales et environnementales » et la mise en place que nous prônions, avec Jean-Yves Autexier, d’une « taxe sociale et écologique » ? Bien sûr, pour nous qui sommes hostiles au libéralisme, les errements du PS sont à la limite du supportable tels certains propos sur la règle d’or.

Mais ce n’est pas la question.

Le programme du PS, même social-démocrate n’est pas celui de l’UMP, celui du Front de gauche n’est pas celui du NPA ou du POI.

Parce que tout n’est pas tout blanc, nulle part, et que tout n’est pas tout noir, nulle part, nous devons cesser de stigmatiser nos partenaires.

Nous devons retrouver le sens de la réflexion collective.

Nous devons prendre le temps de réapprendre à différencier les moyens et les fins.  L’austérité est-elle le fruit d’instances supranationales ou ces instances servent-elles d’alibis aux gouvernements libéraux nationaux ? L’euro n’est-il pas qu’un outil mis en place par la finance internationale ? Comment le transformer ou le remplacer pour en redonner la maîtrise aux peuples ? Comment repenser l’internationalisme ? Comment redonner les leviers démocratiques aux peuples ?

A toutes ces questions c’est en intellectuel collectif que nous devons trouver des solutions.

Car la question de la structure se pose aussi.

Si nous avons adhéré au MRC, au MDC, à Socialisme et République ou, avant, au CERES, c’est parce qu’ils étaient porteurs et héritiers d’une histoire de la gauche, celle du socialisme et du mouvement ouvrier. C’est en même temps parce que nous nous retrouvions dans le parcours de JP Chevènement et/ou de Georges Sarre.

Toutes ces années, toutes ces vies militantes, tout notre investissement, ne peuvent être passés par pertes et profits et s’éparpiller dans une diaspora sans fins s’intensifiant au fur et à mesure du développement de la sclérose d’un appareil qui ne sert plus qu’aux intérêts électoraux de quelques uns.

Nous sommes aujourd’hui toujours au MRC ou privés de structures ou dans des structures différentes voire concurrentes. Cela ne remet nullement en cause nos convictions communes, un long chemin politique partagé, des années de travail ensemble, et très souvent une solide amitié. 

Aujourd’hui le temps est venu de reprendre le témoin pour le passer à nouveau afin que l’avenir puisse être construit.

Nous n’avons pas d’idées prédéfinies sur ce que nous devons faire mais savons que le temps d’agir est venu. Nous savons que notre intelligence collective peut permettre aux idées de la gauche républicaine et à nos parcours de ne pas sombrer dans l’oubli ou d’être dévoyés.

Alors nous nous proposons simplement de faire la seule chose que nous puissions et sachons faire : être à votre disposition pour tenter d’écrire une nouvelle page.

Nous sommes à l’écoute de tous ceux qui le souhaitent. La priorité n’est-elle pas de se rencontrer, d’échanger à nouveau ? N’hésitez pas à nous contacter.

L’histoire n’est pas finie.

Amitiés citoyennes,

Marinette Bache et Michel Jallamion – 30 octobre 2011