COMPTE-RENDU DES DISCUSSIONS DES 1ères  RENCONTRES DE LURAIS

« Penser collectivement sans nous nuire mutuellement »

 

Ce qui est extraordinaire dans nos parcours politiques c’est que nous avons, malgré des choix différents (MRC, PS, R&S, …), toujours autant de bonheur à nous retrouver !

Ce qui est extraordinaire c’est qu’au moment où nous nous réunissons, la crise remet en scène les idéaux pour lesquels nous nous battons depuis de nombreuses années, voire décennies. Désormais les questions des nationalisations, de la souveraineté populaire, de la République sociale, du rapport de force cardinal entre le travail et le capital, peuvent être abordées et suscitent une écoute attentive.

Ce qui est extraordinaire c’est que notre positionnement actuel sur l’échiquier politique est éclaté mais répond à des impératifs, à des motifs semblables tandis que nous restons, les uns et les autres, fidéles à nos idéaux communs.

Notre parcours à en effet cela d’atypique : nous nous séparons parce que nous sommes en convergence ; tous ceux qui se retrouvent à ces rencontres pensent que nous ne pouvons rester isolés. Que pour vaincre il faut être nombreux, structurés et faire des alliances pour être majoritaires. Nous constatons tous que le MRC n’est plus l’appareil que nous espérions, les enjeux individuels ont pris le pas sur le collectif, seules les analyses pertinentes de JPC sont audibles mais ne peuvent déboucher sur un véritable rapport de force sans un réel parti. Or, les faits montrent que JPC n’a jamais eu le souhait d’en créer un. Nous ne sommes pas des statues de sel, nous savons tous que nous ne pouvons exister de manière pérenne en dehors de toute structure. D’où la multiplication des clubs, partis, associations et donc des choix tactiques, voire stratégiques, divergents : certains d’entre nous sont au FdG via R&S mais des copains ont rejoint individuellement auparavant le PG, d’autres soutiennent Hollande, Eric à créé un club, « la République du XXIème siècle », de nombreux autres enfin restent au MRC pour des raisons locales et comme lieu d’échange avec des camarades de combat avec lesquels nous apprécions de débattre et d’échanger. Beaucoup d’entre nous sont, parfois exclusivement, à Résistance Sociale qui permet, au-delà de notre cercle, de continuer à porter nos idéaux et faire le lien entre l’ensemble des forces de gauche.

Pour que cette réunion ne se transforme pas en une rencontre d’anciens combattants, il est nécessaire de prendre en compte le présent -c’est ce que nous avons fait à l’instant grâce à notre débat avec la très bonne intervention de JCC- et de se projeter dans l’avenir. Pour cela il est impératif, dans un premier temps, d’avoir un regard lucide sur notre parcours commun et sur le MDC, socle nous permettant aujourd’hui de nous rassembler. Il conviendra ensuite de prendre en compte les raisons qui ont entraîné notre présence à ce rassemblement. Enfin il serait nécessaire de défricher des pistes pour le futur pour savoir si nous souhaiterons donner suite aux rencontres de Lurais.

Un regard lucide sur notre passé commun

Jadis, certains d’entre nous connurent le CERES : c’était une véritable école à penser, un véritable lieu d’échange, de confrontation de vie. Un premier glissement a eu lieu ensuite de Socialisme et République au MDC où « le premier d’entre nous » est devenu l’incarnation des idéaux puis des idées qui étaient nôtres. Le second glissement eut lieu avec les présidentielles de 2002 et le pôle républicain puis le MRC qui se succédèrent pour qu’au final ne subsiste plus que la fidélité à un homme.

L’apport théorique individuel s’est donc réduit comme une peau de chagrin jusqu’à ne laisser subsister qu’une poignée de militants et de cadres ultrafidèles à un homme représentant, comme le disent certains, « le phare de notre pensée ». Ainsi la pensée serait produite par un autre et intégrée par les militants. Le mépris de l’appareil militant est, pour beaucoup d’entre nous d’ailleurs, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase progressivement rempli par le soutien non officiel au plan Juppé en 1995, la diminution progressive de la question sociale au profit exclusif de la question nationale, au silence assourdissant face aux privatisations sous Jospin (en externe, pendant qu’on stigmatisait le PS… en interne), puis le ralliement de pseudo « républicains de l’autre rive » fascisants, et enfin le Congrès de St-Pôl jusqu’à la décision du splendide isolement lors des dernières européennes. Par conséquent, l’espace démocratique, de débat, que nous exigeons de la société a progressivement disparu, de facto, de notre parti.

Nous noterons que ce que nous faisons là est une première. Dans tous nos Congrès nous analysions, avec brio, la stratégie des autres et les caricaturions à souhait : le PCF ? c’est fini ! Le PS ? une bande de socio-dem’ niant la Nation et le rôle de l’État, la droite oubliant le gaullisme et s’abandonnant à l’ultra-libéralisme. Aucun mot n’était assez dur jusqu’à ce qu’avant chaque élection nous nous apercevions qu’ils avaient fait un pas très important dans notre direction (par exemple Jospin avait prononcé dans son discours d’investiture plus de 30 fois le mot République, si ça ce n’était pas un signe envoyé aux chevènementistes ! …) . Et nous là-dedans ? Aucune analyse sur nous-mêmes n’avait eu lieu. Il est évident que beaucoup d’entre nous s’incluent dans cette critique générale : pour beaucoup nous avons non seulement cautionné mais porté et défendu ces errements et glissements.

Avec un peu de recul, force est de constater que la seule stratégie possible au MDC puis au MRC était de profiter de la force propulsive du PS. Celle-ci, si elle peut rester suffisante pour un homme, ne l’est plus pour permettre la survie d’un appareil politique. Tout le monde sent bien que le MRC tire sur sa fin.

Il est tout aussi évident que nous ne regrettons rien. Notre lutte quotidienne nous a permis de connaître d’immenses instants de joie, de bonheur, de victoires, de défaites, d’espérances, de rires et de larmes. Beaucoup ont dit leur effarement de constater à quel point nous sommes considérés par nos partenaires voire nos contradicteurs : notre parcours force le respect, de par sa sincérité et sa cohérence que d’aucuns assimilent à de l’intégrité. Nous ne cessons d’être sollicités pour écrire, penser, structurer.

Si cette introspection est nécessaire, elle ne doit être que la première étape pour réussir demain à mener des combats, si ce n’est communs, au moins convergents.

Une volonté commune de vivre et d’agir ensemble.

Nous devons également échanger sur les événements, confronter nos analyses politiques, étudier et décortiquer les rapports de force. Rien ne pourra être fait, victoire de la gauche ou non, sans que les forces sociales ne soient mobilisées. Nous devons renouer avec une analyse dialectique de notre société, ne pas faire comme si tout dépendait d’une seule organisation, d’un seul homme, réfléchir aussi sur la place et le rôle de nos institutions. Si l’histoire ne se répète pas, la période du Front populaire -qui a permis des avancées sociales bien au-delà des engagements électoraux- et, a contrario, l’exemple des années Mitterrand qui, dès 1983, sans contestation sociale, noue la gauche avec le libéralisme pour les décennies à venir, nous montrent bien que seule la mobilisation massive, des citoyens, des salariés, des forces sociales peut inverser le rapport de force outrageusement en faveur du capital. Dans cette mobilisation nous avons toutes et tous un rôle à jouer : si le départ de Sarkozy est nécessaire, il ne serait être suffisant.

Bref plus que jamais « Le vieux, la crise, le neuf » est d’actualité. Ce défi, comment le relever ensemble, alors que nous ne sommes pas dans une structure commune ?

Il convient donc de faire un point sur ce qui nous rassemble aujourd’hui :

  • Nos analyses, aujourd’hui (ce ne fut pas le cas de toutes et tous par le passé), ont comme base le rapport de force social qui inclut les rapports de force médiatiques, politiques, internationaux. Ce dernier point induit que nous prenions en compte la situation géopolitique.
  • Nous souhaitons faire vivre les structures auxquelles nous appartenons et si possible faire vivre une structure très souple commune, sa forme et son objet restant à définir.
  • Nous avons de forts liens d’amitié, de fraternité tissés par une idéologie commune et un passé de combats communs. Nous constituons entre les différents mouvements, syndicats, partis auxquels nous appartenons, de manière très naturelle, des passerelles avec l’idée que nos organisations doivent construire, ensemble, la République Sociale. Où que nous soyons nous oeuvrons aux convergences car nous ne croyons pas qu’il est possible d’avoir raison seul.
  • Nous avons encore envie de faire de la politique ensemble, de ne pas faire passer par pertes et profits tout ce qui a été. Il ne s’agit pas, pour nous, de faire de cette réunion une séance de psychanalyse collective. Nous avons eu le bonheur de vivre un long moment de l’intense histoire de la gauche française et souhaitons continuer à être un intellectuel collectif pour nourrir une pensée collective. Nous ne souhaitons pas abandonner.
  • Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ont l’impression de ne plus faire de politique efficacement. Cela est d’autant plus dur que nous vivons l’ère de l’individualisme en politique, situation renforcée par les institutions de la Vème : l’action collective serait inefficace. Eh bien nous faisons le pari inverse. La politique n’est que le fruit du rapport de force entre le capital et le travail. Pour que le peuple l’emporte à nouveau, il faut des circonstances exceptionnelles permettant la mise en commun des forces individuelles et collectives.
  • Beaucoup d’entre nous refusent de quitter Chevènement pour rejoindre Mélanchon ; nous tous souhaitons servir nos idées, non un homme. Nous pensons tous que la question sociale est centrale. Qu’elle est cardinale à la République. C’est parce que nous avons l’impression qu’elle a été oubliée au profit exclusif de la question nationale que nous avons créé des associations comme Résistance Sociale, des clubs comme la République du XXIème siècle ou des structures partisanes comme R&S. C’est pour cette même raison que les structures du MRC encore existantes s’autonomisent ou vivent leur vie au niveau local : là où c’est possible les camarades restent, ailleurs nos camarades quittent le MRC.
  • Enfin, et par-dessus tout, nous refusons la fatalité et le cynisme comme si l’éthique politique ne devait pas prendre en compte la dimension humaine ! L’Amitié, la Fraternité que nous éprouvons sont sincères. Nous ne voyons en quel nom, pour quelle pensée, quelle fidélité supérieure, nous devrions les renier. Nous aimons être ensemble, penser ensemble, débattre ensemble… et nous engueuler ensemble… Aussi nous devons avoir d’ores et déjà un objectif simple qu’il n’a pas été possible de faire vivre au MRC ni peut-être dans aucun lieu d’enjeu de pouvoir : penser collectivement et agir là où nous sommes sans nous nuire mutuellement. Nous savons que nous nous aiderons mutuellement tant que nos intérêts propres, que nous ne devons pas passer sous silence ou oublier, ne sont pas remis en question. Ce sont ces deux aspects in fine qui nous déplaisaient le plus dans notre vie passée : notre parti n’avait jamais aidé quiconque à se faire élire : au contraire, nous avions souvent le sentiment que tout était fait pour empêcher tel ou tel d’accéder à telle ou telle fonction. Cela en devenait presque un réflexe et une preuve de probité ! Or, l’intérêt individuel existe. Nous devons le prendre en compte, non le nier. Personne ne devra plus être appelé à se sacrifier sur le pseudo-autel d’un collectif qui bien souvent ne cache que des intérêts personnels d’un responsable donné. 

Il convient donc de tisser des passerelles : nous nous respectons chacun dans nos parcours et ne sommes pas là pour nous convaincre les uns les autres qu’une démarche serait plus justifiée qu’une autre (aller au FdG, au PG, au PS, au PCF, soutenir Hollande, Mélenchon, rester ou retourner au MRC, adhérer à R&S et/ou participer à Résistance Sociale, à la République du XXIème siècle ou à Convergences). Chacun est libre et entend le rester. Cela nécessite donc, pour respecter nos individualités, de marcher pas à pas : rien ne sert de croire que nous allons créer, demain, la 6ème internationale.

Se projeter vers un avenir commun ?

Il nous faut donc créer une structure souple afin qu’il ne s’agisse pas d’une strate de millefeuille supplémentaire. Afin que cette structure nous soit utile, il ne faut pas qu’elle soit chronophage ni le lieu d’enjeux de pouvoir. Cette structure doit être pour nous, bien sûr, l’occasion de nous retrouver mais aussi :

-         De travailler sur la réhabilitation du débat public en ayant au cœur de cette réflexion le mouvement social, nécessaire à la démocratie, et la souveraineté populaire comme réalité tangible de la République.

-         D’œuvrer à notre niveau pour réinventer un projet de transformation sociale en considérant que la République est inachevée et placer celle-ci en perspective comme étant le moyen de transition vers le socialisme. C’est cette lecture que nous devrions avoir de la citation de Jean Jaurès : « le Socialisme c’est la République accomplie ».

-         D’être un lieu de débats périodiques, d’échanges sur la situation politique et d’information réciproque.

-         De confronter nos expériences stratégiques sans volonté hégémonique.

-         De permettre l’entraide des uns et des autres dans leur parcours politique et nous aider à peser dans les rapports aux autres.

-         Elle doit, de par son fonctionnement, rompre avec toute possibilité de soutenir le penchant mégalomane ou autocrate de qui que ce soit. Nous sommes des citoyens, donc libres et égaux. Notre pensée est autonome, nous est propre ; il ne doit donc y avoir aucune préséance qu’elle soit honorifique ou intellectuelle.

Lors du bilan de nos journées de débat, il nous incombera d’établir des pistes plus concrêtes.